Translate

mardi 23 décembre 2008

Ray di Palma : le tombeau de Réverdy

Ce recueil se présente comme le carnet de notes d'une enquête improbale autour notamment du tombeau/oeuvre de Reverdy. Il n'est pas question de résolution car "les questions recouvrent de peau la question de la peau" mais de reconnaître la peur "dans le fondu au noir". Par cette lévitation du sujet, le lecteur peut se construire son propre monde Réverdy, d'après des "documents reconstitués dans un coin à peine éclairé". C'est avec l'esquisse, le mélange des gens et des genres que Ray di Palma entend animer ce qui n'est plus. Sa langue jamais saturée de mélancolie, évoque plutôt une "hystérie résignée" ; un dénivelé où la poésie de RdP. "Emportant la roue emportant l'espace qu'elle prolonge" exprime toute sa subtilité. Ce livre doit être lu et relu de façon préméditée, méditative, jusqu'à l'obstruction des points de visibilité, sans vulnérabilité. En "privilégiant l'attente" pour un "enchantement final".

Article de Sandra Moussempès paru dans le Cahier Critique de Poésie n°6, sur "Le tombeau de Reverdy" de Ray di Palma

Ariel de Sylvia Plath, Birthday Letters de Ted Hughes

Ariel de Sylvia Plath

Le recueil a été écrit principalement, les six derniers mois qui ont précédé le suicide de S. Plath. Ted Hughes, son mari et poète célèbre, sélectionnera les poèmes. Depuis le départ de Ted, S.P écrivait tous les jours à l’aube, ses deux enfants en bas âge dormant à côté. Sa vie perturbée fut le matériau de son écriture sensorielle et innovatrice. Les poèmes d’Ariel sont ceux de la perte : du père mort quand elle avait 9 ans puis du mari infidèle : « Un sourire est tombé dans l’herbe / Perte irréparable ! / Et comment tes danses nocturnes / Se perdront. En mathématiques ? » ou encore dans « Daddy » : « Le téléphone noir est coupé à la racine, / Les voix ne peuvent plus ramper jusqu’à nous». C’est pendant cette période de dénuement que Plath écrira ses plus beaux poèmes. Comme s’il lui avait fallu sacrifier sa vie confortable et académique, pour devenir enfin ce qu’elle pressentait, dans une lettre adressée à sa mère : «Je suis un écrivain génial, je suis née pour écrire, je suis en train de composer les meilleurs poèmes de ma vie.»

Par Sandra Moussempès

*

Birthday Letters de Ted Hughes

C'est le livre des émotions ressurgies, trente-cinq ans après le sucide de la poétesse Sylvia Plath. Une mémoire vive des sept années de mariage unissant Ted (mort récemment) à la jeune femme de l'époque. Les poèmes se lisent comme un récit prosodique, "qui pouvait jouer Miranda ? Personne d'autre qu toi.", hommage à la femme aimée, admirée puis quittée. Minutieux détails de cette dévotion ravivée. "La sévère l'autère Emily qu'aurait-elle fait de tes regards effrontés". rêves tourmentés de Sylvia : "un brochet [...] et dans son oeil, un foetus humain palpitait". Ted, poète de la Reine, à qui l'on conseilla d'écrire sur une maison hantée, savait-il que cette épouse blonde et brillante mais aussi "déluge noir" à jamais attachée à un père mort trop tôt, ressemblerait à cette maison : "celui qui y pénètre ne la quitte jamais complêtement". Sans réèl enjeu formel, le livre est une superbe litanie.

Par Sandra Moussempès

Ces deux articles ont été publiés dans les Cahiers Critiques de Poésie du Cipm en 2003

Assymétrique Sylvia Plath et autre trajet rocambolesque

Je viens de lire le journal intime de Sylvia Plath ; il semble avoir été écrit pour la publication. Etonnamment bien écrit pour une vocation privée.

Drôle de retour, après un détour de 20 ans.

Ce lien invisible existait depuis l'enfance ; Sylvia Plath étant la belle-soeur d'Olwyn, l' amie anglaise et fidèle de mon père. Olwyn, soeur de Ted Hughes. Editrice et agent du couple, celle qui haïssait les féministes accusant Ted Hughes de la mort de Sylvia, celle qui est encore lasse de cette mythification mortuaire dont elle ne veut parfois plus entendre parler. Olwyn, ma tante d'adoption qui ne m'a jamais conseillé de lire les livres de Sylvia (que j'ai découverts très tard toute seule de mon côté avec une grande joie). Avec qui nous parlons toujours d'astrologie...



Et mon désir d'Angleterre encore invisible.

En 1978, j'avais vu la maison du Devon et la fille de Sylvia, Frieda à l'âge ingrat, son fils Nicolas avec qui on voulait me "marier" pour rire. La seconde femme de Ted Hughes, Caroll, faisait cuire du mouton à la menthe, des oeufs, des saucisses, du bacon. Elle était active et souriante comme il se doit chez ce type de femme. Une femme d'intérieur douée pour la "gestion domestique", constamment dans sa grande cuisine , dans cette même cuisine pensais-je à tort, où Sylvia avait pu terminer sa vie. Le voyage avec Olwyn au volant avait été épuisant parce qu'elle ne savait pas conduire (en Angleterre c'est possible de conduire sans permis). Douze heures donc pour faire quatre cent kilomètres parce qu'elle s'arrêtait pour boire du vin blanc dans un pub à chaque arrêt "repos". Malgré mes 12 ans, je connaissais les dangers de la route et de l'alcool au volant, mais il ne fallait rien dire pour ménager sa susceptibilité ; elle montait sur le trottoir d'en face et conduisait comme en France, à droite, il ne lui était pas "naturel" de conduire à gauche disait-elle, malgré ses origines bien anglaises, elle disait cela dans un grand éclat de rire contagieux. (...)Arrivées, miraculées que nous fumes, après ce long voyage déroutant, la voiture avait perdu tous ses rétroviseurs, arrachés suite aux nombreuses effractions routières de notre conductrice amatrice de white wine et son frère Ted Hughes nous attendait dans toute sa superbe devant sa grande maison, flegmatique et à peine étonné en constatant l'état de la voiture de sa soeur dont il connaissait bien les frasques au volant...


Extrait de "Hors champs" CRL Franche Comté, 2001

Taeko Kôno : La chasse à l'enfant




Taeko Kôno
J'ai lu jusqu'au bout La chasse à l'enfant et j'en ressors, ragaillardie. Je regarde son petit visage sur la quatrième de couverture, sage et carré avec de grosses lunettes d'institutrice. Dans les pages elle désire les petits garçons (cela nous change du mythe du héros vieillissant et de sa muse jeune et fraiche) elle les désire et c'est dans ce désir que se présente une réèlle subversion car on ne "consomme pas" ici on est pas chez une Catherine Millet dont la mécanique des sexes analysée non sans talent, n'a pas pour objectif de troubler ou de perturber mais d'énumérer au regard d'une narration qui se veut méthodique voire chirurgicale. Ici on est vraiment dans le trouble et l'inquiétante étrangeté du désir esthétique, il n'y a pas de concept ou de posture mais l'expression du tabou et sa spontanéité surtout lorsque le tabou est aliéné au sexisme lisse de nos temps modernes (l'homme vieillissant et sa jeune muse dénudée n'ont malheureusement pas pris une ride même dans des textes dits avant gardistes, l'inverse n'étant visiblement pas encore littérairement correct en France). Dans une autre nouvelle, l'héroine décrit la beauté cruelle d'une femme attachée par son mari bossu. Aucune psychologie explicative, une littérature acérée sans compromis. La première apparence de morbidité laisse finalement place au simple imaginaire de l'innocence aussi dans la description de ce qui dans l'objectivité informative choque pourtant moins que dans un livre, finalement le genre littéraire de création reste parfois plus censurée que ce que les médias tentent d'un autre côté de faire ingurgiter a leur spectateurs dans des mises en scènes véridiques (la psychologie de masse instrument de destruction massive sous l'apparence tranquille d'un petit déjeuner en famille ricorée)..Mais continuons..
Je me souviens de ma première réaction. Je découvre le livre chez un autre écrivain en résidence à la Saline d'Arc et Senan, le titre fait écho. Il ne peut me le prêter, ce livre ne lui appartient pas. Je le commande, difficile à trouver, il est sorti il ya plusieurs années déjà. Quinze jours après je vais le chercher à Besançon. Dans un premier temps, je déchire le livre comme pour contrer le sort, je déchire le livre neuf, tout juste acheté. Il me fait peur. Les zones d'ombre la morbidité fétichiste, les jeux de rôle, tout cela donne un sentiment de malaise. Quelques jours après, la corbeille sous le bureau n'est toujours pas vidée, je relis peu à peu quelques pages, le texte surprenant de beauté. Je récupère le livre qui n'est pas détruit. J'apprends à déchiffrer. Taeko Kôno rejette toute mièvrerie ou "bons sentiments" de groupe. Elle s'est écartée de son sujet pour mieux le saisir, elle dit le réèl des pulsions humaines, c'est sufisament rare (peut-être pas au Japon) pour être notifié...

Sandra Moussempès 2001
Une courte biographie de Taeko Kono